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Da Vinci code de Ron Howard

Une nuit, le professeur Robert Langdon, éminent spécialiste de l'étude des symboles, est appelé d'urgence au Louvre : le conservateur du musée a été assassiné, mais avant de mourir, il a laissé de mystérieux symboles... Avec l'aide de la cryptologue Sophie Neveu, Langdon va mener l'enquête et découvrir des signes dissimulés dans les oeuvres de Léonard de Vinci. Tous les indices convergent vers une organisation religieuse aussi mystérieuse que puissante, prête à tout pour protéger un secret capable de détruire un dogme deux fois millénaire...
De Paris à Londres, puis en Ecosse, Langdon et Sophie vont tout tenter pour déchiffrer le code et approcher les secrets qui remettent en cause les fondements mêmes de l'humanité...


Mon avis : Depuis sa parution, en 2003, et l'énorme succès planétaire qui a suivi - On compte plus de 40 millions d'exemplaires vendus à travers le monde, depuis son édition -, Da Vinvi Code, écrit par le romancier Dan Brown, apparaît comme l'un des plus grands best-sellers de la littérature du XXIème sicèle et connaît une renommée internationale au moins égale à celle de la saga Harry Potter. Ayant passionné, très rapidement, des milliers de spectateurs aux Etats-Unis, les studios Columbia Pictures n'ont pas attendu pour observer l'étendue du succès du bouquin et se sont appropriés les droits d'adaptation pour le cinéma, l'année même de la sortie du livre. C'est ainsi après avoir attribué la lourde responsabilité de donner vie à ce roman très plébiscité, à Ron Howard, cinéaste spécialiste de grosses productions comme Apollo 13 ou Un homme d'exception, que l'oeuvre littéraire de Dan Brown a pu sortir sur les écrans internationaux en 2006. S'étant, bien évidemment, accompagné d'une campagne publicitaire conséquente et de l'honneur d'ouvrir le 59ème Festival de Cannes, il est inutile de préciser que si Da Vinci Code connaîtra un immense succès, il témoigne surtout d'une certaine prétention des producteurs.

Et en effet, cette dernière semble avoir été démesurée lorsque le résultat final se montre quelque peu décevant. De là à caractériser le nouveau film de Ron Howard comme raté ou mauvais serait très largement exagéré. Néanmoins, il n'en reste pas moins que ce Da Vinci Code, qu'il soit fidèle ou non au roman dont il s'inspire, se révèle un peu bancal et présente bien des aspects difficiles à accepter au cinéma. Le scénario, qui suit, bien sûr, les grandes lignes du roman, laisse déjà transparaître quelques lacunes qu'elles soient le fruit du scénariste Akiva Goldsman, capable d'un travail soigné (I, robot), comme du pire (Batman & Robin), ou tout simplement issues de l'esprit de Dan Brown. On note, de ce fait, que l'histoire tout à fait prenante, dès les premières minutes du film, se manifeste rapidement de manière boiteuse et presque risible, aussi bien parce que les invraisemblances fusent que parce que la confusion s'installe nettement. Dès lors, il est impossible d'adhérer à ce scénario, qui pourtant doté d'un certain suspense, perd rapidement de son entrain, notamment parce que les incohérences que se soient scénaristiques ou concernant un évènement qui se voudrait plausible, sont véritablement nombreuses.

Sorte de chasse au trésor moderne à l'image de celle de Benjamin Gates, à laquelle on ajouterait une intrigue policière, Da Vinci code apparaît comme un film qui mélange les genres de l'aventure et du thriller, ce qui pourrait aboutir à un oeuvre passionnante. Malheureusement, loin d'être habilement mené, la quête du Saint Graal ne captive pas véritablement le spectateur en raison d'un récit qui entame une extrême platitude après les premières trente minutes et qui conserve un ton très sérieux afin de donner à ce film, un aspect historique vérifié. En énumérant de nombreux faits historiques réels et en citant fréquemment l'Histoire qui s'est écoulé, le film gagne grandement en intérêt car même s'il ne va pas assez en profondeur pour véritablement instruire, il aborde des thèmes omniprésents de l'humanité, des symboles historiques et évoque des éléments religieux, culturels, et historiques que chacun peuvent reconnaître. Néanmoins, l'intérêt se dissipe considérablement lorsque à partir de l'Histoire de l'Europe, se confondent des mythes et des légendes, puis s'ajoutent des éléments totalement fictifs et sortis tout droit de l'imagination de Dan Brown. Bien évidemment, on ne cherche pas à assister à un cours d'Histoire, toutefois, les éléments qui sont subordonnés paraissent trop absurdes dans la manière dont ils sont amenés, c'est-à-dire avec des explications très brèves, très creuses et bien vaines. Da Vinci code aborde ainsi un caractère spécieux qui aurait été atténué sans ce sérieux trop accentué. Reste alors que Da Vinci Code est doté d'un côté policier qui maintient le souffle au récit et garantit un peu de suspense, principalement grâce à une course contre la montre que mènent les héros qui sont poursuivis pas la police. Quelques rebondissements parviennent ainsi à susciter un nouvel élan d'intérêt envers le film et permettent quelques surprises, bien que l'ensemble reste prévisible.

D'autre part, la narration semble bien maladroite notamment dans le choix d'avoir inclus d'innombrables flash-back, aussi bien pour relater l'Histoire et expliquer des théories, que pour dépeindre le passé des personnages et comprendre leur psychologie. Outre le fait que ceux-ci amplifient indéniablement a lourdeur de la narration, cette dernière laisse finalement paraître un manque d'originalité qui lui octroie un aspect éculé. On peut encore regretter la mise en scène relativement classique et très paresseuse, qui est fort heureusement rehaussée par de beaux mouvements de caméra et par quelques rares passages énergiques. En outre, la diversité des décors permet au spectateur de voyager aux quatre coins de l'Europe et à lui faire visiter quelques magnifiques monuments, mais sert surtout à compenser la photographie qui se montre bien terne et d'une extrême limpidité.

On retient finalement la belle distribution du film qui regroupe un casting luxueux et international. On retrouve ainsi l'acteur américain Tom Hanks (Le terminal), tout à fait convaincant dans la peau d'un professeur universitaire embarqué, contre son gré, dans une chasse au Saint Graal, aux côtés des britanniques Ian McKellen (Le Seigneur des anneaux), Paul Bettany (La Plus belle victoire), très à l'aise également dans leurs personnages. Du côté des français, le plaisir est optimal de retrouver la sympathique Audrey Tautou (Un long dimanche de fiançailles), l'immense Jean Reno (Le grand bleu) ou encore Jean-Pierre Marielle (Les âmes grises) dans cette grosse production hollywoodienne. Il est néanmoins véritablement dommage de constater que si le charme de l'ex-Amélie Poulain a sensiblement accru, elle offre une prestation bien moyenne et qui n'égale pas celle de ses anciens films ou celle de ses partenaires dans celui-ci, tandis que Jean Reno se retrouve, encore une fois, cantonné dans le rôle d'un flic bourru.

Da Vinci Code risque fort de décevoir les adeptes du livre, comme les néophytes de l'univers de Dan Brown, néanmoins, tous deux se souviendront de la belle composition de Hans Zimmer (Pearl Harboor), principale compensation du sentiment de déception éprouvé devant ce film.

 
Da Vinci Code - ma note pour ce film :
Réalisé par Ron Howard
Avec Tom Hanks, Audrey Tautou, Jean Reno, ...
Année de production : 2006
Chromophobia de Martha Fiennes

La femme de Marcus confond psy et shopping, son fils de 8 ans tague le nom de son lapin sur les murs et son parrain gay est à l'hôpital après un passage à tabac. De son côté le patron de Marcus l'attire dans des affaires louches tandis que Trent, son soi disant ami, s'apprête à le trahir pour faire un scoop...

Mon avis : Après avoir mis en scène le méconnu et très moyen Onegin (1999), la cinéaste Martha Fiennes, soeur de l'acteur britannique Ralph Fiennes (Harry Potter et la coupe de feu), signe un second long métrage remarquable qui démontre toute l'ampleur de son talent qu'elle n'était pas, jusque là, parvenu à révéler. A partir d'un scénario, qui se rapproche dans sa narration et sa profondeur de l'Oscarisé Collision, Chromophobia se présente comme une oeuvre bouleversante qui marque littéralement le spectateur et qui témoigne des nombreuses interrogations de la réalisatrice, également scénariste de cette oeuvre. En dépeignant le quotidien d'une dizaine de personnages qui sont tous, de près ou de loin, amenés à se rencontrer, Martha Fiennes tente de définir les relations qui unissent les humains. Tous décrits avec une certaine complexité, beaucoup de sensibilité et une véritable profondeur psychologique, les personnages de ce film choral bénéficient chacun d'une attention particulière et reflètent avec une justesse incroyable les individus de la société contemporenne, aussi bien londonienne, à savoir celle observée dans le film, que toute autre société que se soit de l'Europe ou des Etats Unis. Une fois de plus comparable à Collision, Chromophobia s'apparente, en effet, à une analyse de la société actuelle, notamment du point de vue de la sphère la plus riche, et dans une moindre mesure des couches sociales inférieures. Outre l'individualisme inévitable de toute société moderne, Martha Fiennes se plonge dans la vie de quelques londoniens pour, tout d'abord, dénoncer la but que se fixe presque chaque individu, celui de subsister dans la société moderne et de parcourir le chemin du succès en écartant toute humanité, toute relation amicale ou amoureuse seine ou simplement toute honnêteté. D'autre part, cette description de l'individu dans la société de nos jours témoigne surtout de phobies qui atteignent l'affect de chacun et qui s'expriment par des peurs diverses mais réelles, telles celle de la solitude, ou de l'impression d'être inexistant et de sembler absent aux yeux des autres. Chromophobia semble ainsi à l'image du comportement humain et le décrit avec brutalité et émotion : L'humain ne peut vivre seul, et sans attache, ni soutien, ou sans contact, ni le reflet de soi en quelqu'un, le désespoir se creuse, l'humanité s'enfuie et la morosité ainsi que l'amertume demeurent. Les personnages des plus complexes et particulièrement bouleversants font de Chromophobia une oeuvre poignante, juste et pertinente qui descend jusque dans les méandres de l'humanité. Brillamment mis en scène de façon très naturelle et très sobre, Martha Fiennes accroît encore l'émotion grâce à l'image, très proche du documentaire, qui parvient à restituer une impression de réalisme total et d'immersion dans le monde existant. Minutieusement dirigé, le casting impressionnant éblouit le spectateur tant les prestations des comédiens se dévoilent magistrales. Alors que Kristin Scott Thomas (La doublure) transmet une émotion sincère et profonde au spectateur, Penélope Cruz (Vanilla sky) le foudroie catégoriquement tant elle se montre extraordinaire dans la peau d'une prostituée désemparée. Rhys Ifans (Terre Neuve) apporte, lui, de la douceur et de l'humanité à ce film, tandis que Ian Holm (Le Jour d'après) et Damian Lewis (Keane) représentent son antagonisme mesuré, mais surtout dénué de manichéisme et non dépourvu d'émotion. Chromophobia se situe donc dans la lignée des films indépendants passionnants, bouleversants et marquants, qui baignent dans une ambiance dramatique, et qui sont accompagnées par des musiques mélancoliques magnifiques.
 
Chromophobia - ma note pour ce film :
Réalisé par Martha Fiennes
Avec Ben Chaplin, Penélope Cruz, Ralph Fiennes, ...
Année de production : 2005
Volver de Pedro Almodovar

Madrid et les quartiers effervescents de la classe ouvrière, où les immigrés des différentes provinces espagnoles partagent leurs rêves, leur vie et leur fortune avec une multitude d'ethnies étrangères.
Au sein de cette trame sociale, trois générations de femmes survivent au vent, au feu, et même à la mort, grâce à leur bonté, à leur audace et à une vitalité sans limites.


Mon avis : Acclimaté depuis le début de sa carrière au Festival de Cannes et accumulant les récompenses et les honneurs, Pedro Almodovar, considéré, à juste titre, comme le maître du cinéma espagnol, est un cinéaste talentueux et qui possède un virtuosité inégalable comme en témoigne sa filmographie composée d'oeuvres magistrales et incomparables telles que Talons aiguilles, Tout sur ma mère ou encore Parle avec elle. Deux après avoir ouvert le 57ème festival de Cannes, en 2004, le nouveau film du grand Almodovar, intitulé Volver, est à nouveau sélectionné et en compétition officielle pour obtenir la Palme d'Or à l'occasion de l'édition 2006 de ce même festival. Alors que le retour du cinéaste ne déçoit pas et dévoile l'un des meilleurs films de cette année, il ne serait pas trop risquer de parier que Volver réussira à séduire le jury de cette année et ne repartira pas bredouille. En effet, avec une inspiration toujours aussi étonnante et une maîtrise extraordinaire, Pedro Almodovar maintient amplement son statut de réalisateur hors pair avec cette nouvelle oeuvre qui s'aligne directement au même rang que les meilleurs films du cinéaste et qui illustre, une fois encore, tout l'immensité du talent de ce nom incontournable. A l'image des précédentes oeuvres du réalisateur, toute la force de Volver repose, avant tout, sur un scénario riche et très travaillé qui démontre toute l'agilité et l'adresse de Almodovar à rédiger, avec précision et minutie, des histoires, bien évidemment, passionnantes, mais surtout d'une complexité déroutante, et qui demeure pourtant d'une compréhensibilité intelligible. Le génie du cinéaste se ressent ainsi déjà au travers de la narration d'une fluidité exemplaire et captivante, qui s'attribue encore des caractéristiques aussi multiples que référencées. De ce fait, si le récit laisse, tout d'abord, place à une comédie espagnole légère et décalée, qui procure de nombreuses jubilations et euphories, à celui-ci s'ajoute un aspect dramatique, amené avec beaucoup de finesse et de justesse, qui s'intensifie encore devant la description pleine de sensibilité et d'émotion des personnages et de leurs tourments intérieurs, en même temps que les relations qui existent entre les membres d'une même famille et notamment celles entre une mère et sa fille. Se présentant ainsi comme un drame intimiste révélant les secrets, la culpabilité ou les mensonges d'une familles et les incidences qui s'ensuivent, Volver parvient ainsi fréquemment à bouleverser le spectateur, et ceci sans l'aide d'effets grandiloquents ou larmoyants qui perdraient simplement, toute crédibilité, lors de la confrontation avec l'humour décapant, acidulé et même très noir qui est apporté au film. La richesse scénaristique de Volver est encore démontrée lorsque la tournure des évènements permet aux personnages principaux d'êtres plongés dans un polar sombre et hitchcockien, et toujours pimenté par un humour noir et caustique. Impossible, de ce fait, de ne pas se passionner par cette histoire brillante où la folie se mêle la raison, où l'humour amer et l'émotion sincère forment un merveilleux couple, et qui finit même par se doter d'un air de film fantastique ahurissant où les frontières entre le réel et le paranormal se confondent. La mise en scène, tout aussi exceptionnelle que le récit, s'appuie sur des effets de sobriété, ce qui évite les lourdeurs visuelles et l'incursion de la caméra dans l'intimité de chaque personnage octroie au film une sincérité efficace et retranscrit, ainsi, parfaitement les sentiments des personnages. Pedro Almodovar s'est accompagné de quelques unes des meilleures actrices espagnoles habituées à son univers, pour former un casting presque uniquement féminin et les a dirigé, comme d'habitude, à la perfection. Penélope Cruz (Tout sur ma mère) brille jusqu'à éblouir le spectateur tant sa prestation à la fois enthousiaste, énergique et émouvante touche véritablement le spectateur. Carmen Maura (La Loi du désir) s'imprègne de la chaleur maternelle et d'une émotion naturelle pour incarner, avec douceur, le rôle d'une mère rongée par la culpabilité, et Lola Duenas (Parle avec elle) est simplement parfaite dans son rôle touchant et attachant d'une soeur légèrement naïve.Volver se présente assurément comme un film admirable et bouleversant qui parle de la misère, de la pauvreté et de la mort, et qui recèle d'ingéniosité, d'intelligence et de surprisse. C'est ainsi sans conteste que ce grand moment de cinéma que nous offre Almodovar, se place indubitablement dans la lignée des meilleurs films de l'année 2006.

 
Volver - ma note pour ce film :
Réalisé par Pedro Almodóvar
Avec Penélope Cruz, Carmen Maura, Lola Dueñas, ...
Année de production : 2005
Marie-Antoinette de Sofia Coppola

Evocation de la vie de la reine d'origine autrichienne, épouse mal-aimée de Louis XVI, guillotinée en 1793.
Au sortir de l'adolescence, une jeune fille découvre un monde hostile et codifié, un univers frivole où chacun observe et juge l'autre sans aménité.
Mariée à un homme maladroit qui la délaisse, elle est rapidement lassée par les devoirs de représentation qu'on lui impose.
Elle s'évade dans l'ivresse de la fête et les plaisirs des sens pour réinventer un monde à elle.
Y a-t-il un prix à payer à chercher le bonheur que certains vous refusent ?


Mon avis : Remarquée en 2000, grâce à Virgin suicides, la fille de Francis Ford Coppola, à savoir Sofia Coppola, avait réalisé avec son premier long métrage un véritable coup de maître sous la forme d'une chronique poignante sur l'adolescence, avant de faire briller, quatre ans plus tard, le couple Bill Murray/Scarlett Johansson dans le très attachant Lost in Translation. Son retour, en 2006, avec un troisième long métrage intitulé Marie-Antoinette, qui comme son nom l'indique, retrace le règne de l'épouse de Louis XVI, s'est bien évidemment accompagné de l'attente insoutenable de nombreux cinéphiles, mais a surtout marqué le privilège pour la réalisatrice de voir son film présenté, en compétition officielle, au 59ème Festival de Cannes. Pour commencer, force est de constater que Marie-Antoinette se présente comme une oeuvre brillante et très réussie dans la digne lignée des premiers films de Sofia Coppola. Empruntant à l'Histoire de France son ère révolutionnaire de la fin du XVIIIème siècle, la cinéaste américaine propose ainsi au spectateur de suivre le règne de l'avant-dernier Louis souverain et de son épouse. A partir de là, Marie-Antoinette se présenterait, à priori, comme un film historique dans la lignée de bien d'autres oeuvres retraçant l'histoire des rois de France tel La Prise du pouvoir par Louis XIV (1966), un genre de films d'ailleurs largement délaissé actuellement. Pourtant, Sofia Coppola a décidé d'aborder ce thème avec bien plus d'originalité que l'on aurait pu le penser et avec un récit bien moins convenu que d'ordinaire. Ainsi, la rupture avec les films du genre est d'ailleurs marquée très rapidement par une magnifique bande son, composée notamment de nombreux morceaux de rock, qui pourrait largement dresser les cheveux de biens ders personnes, tant celle-ci s'apparenterait à un énorme anachronisme. Cette bande originale moderne, tout de même ponctuée de quelques sublimes valses et autres musiques qui, elles, se dévoilent en parfaite osmose avec l'époque retranscrite, ne sert finalement qu'à amplifier la description tendre et attachante de la jeune reine Marie-Antoinette, totalement perdue dans un univers qui lui semble bien inconnu et même hostile. C'est dans la description morose de la reine anéantie que l'on reconnaît bien la réalisatrice, car malgré le décor somptueux d'une époque qui diffère de la nôtre et malgré des moeurs très éloignées de celles de la société actuelle, Sofia Coppola a voulu dépeindre, avec humanité et beaucoup de finesse, la jeune autrichienne devenue reine de France à l'image d'une adolescente, au destin bien évidemment, différent des autres, mais aux sentiments semblables. Comme dans son premier long métrage, la cinéaste décrit donc son personnage principal, comme une jeune femme en pleine adolescence, souffrant intérieurement et psychologiquement abattue, et à qui l'on demande de se projeter rapidement vers l'âge adulte pour répondre à ses responsabilités. Sofia Coppola multiplie ainsi les scènes faisant référence à l'adolescence actuelle, la plus explicit se dévoilant lors du bal masqué qui ressemble étrangement à une sortie en discothèque pour les jeunes actuels. Au cas où le spectateur n'aurait pas saisi la référence tout de suite, ce bal masqué est présenté comme un lieu de drague où les rencontres fusent et où l'on badine sans cesse. Bien évidemment la musique rock qui accompagne la scène du bal et l'alcool coulant à flot renforcent encore cette idée. Pour accentuer l'image d'une description de l'adolescence, on découvre encore la jeune reine braver les interdits alors qu'elle est restreinte à des obligations et à faire bonne figure, de même qu'on la découvre confrontée à des émois amoureux. Bien évidemment, incomprise par tous, aussi bien par la cour royale que par le peuple - dont elle ne se soucie guère, ce qui est compréhensible à 17 ans - l'épouse de Louis XVI chavire de plus en plus dans la morosité et son état dépressif se prolonge. Est alors amené un thème cher à Sofia Coppola, qui était déjà présent dans ses deux premiers films, celui de la solitude, décrit, une fois de plus, avec émotion et pudeur au travers d'un personnages fort, charismatique et bouleversant. La simplicité apparente du scénario, écrit par Sofia Coppola, dissimule ainsi une profondeur saisissante, comme elle était parvenue à l'installer dans Virgin suicide ou Lost in Translation. D'autre part, Marie-Antoinette révèle bien d'autres atouts, à commencer par une somptueuse beauté qui s'exprime par des décors sublimes et majestueux, notamment grâce à la présence du véritable château de Versailles et à tous les éléments impressionnants qui le constituent. Agrémentée d'ailleurs d'une photographie très colorée, les costumes luxueux, les multiples confiseries, les paillettes et les pièces impressionnantes favorisent la magnificence de l'image, et permettent ainsi au spectateur d'apprécier ce film comme une succulente gâterie. Le talent de Kirsten Dunst (Spider-man) demeure bien évidemment la force du film car toute l'oeuvre repose sur ses épaules, et elle parvient, avec brio, à transporter le spectateur, avec une grande émotion et un humour très agréable, dans l'univers impitoyable de la royauté française, mais surtout dans méandres désespérées de l'adolescence. C'est ce que l'on appelle du grand art!

 
Marie-Antoinette - ma note pour ce film :
Réalisé par Sofia Coppola
Avec Kirsten Dunst, Jason Schwartzman, Rip Torn, ...
Année de production : 2005
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